jeudi 20 décembre 2012

L’intervention de Rachid Sfar au Forum Maghreb 2030.
Ancien Premier Ministre,
                                               ( Rabat, Skhirat les 23 et 24 mai 2008)

 
        
        L’intégration maghrébine, nettement en retard par rapport à d’autres régions du monde, peut,aujourd’hui, inventer et emprunter des raccourcis pour accélérer le rythme de son édification en parfaite synergie avec son partenaire principal l’union européenne mais également avec les autres pôles de l’économie mondialisée.Le Maghreb peut maintenant tirer, avec intelligence, un grand profit de l’expérience des autres régions pour éviter les erreurs ou insuffisances et optimiser les succès. Les études comparatives sont nombreuses, il faut les exploiter en ayant toujours à l’esprit nos spécificités et en évitant deux erreurs majeures qui ont été commises dans certaines régions : laisser s’installer voir s’aggraver une fracture sociale et une fracture identitaire et ne pas pratiquer un vrai co-développement. Notre futur commun ne peut être construit d’une manière viable que sur la base, d’une volonté commune forte autour d’une vision claire d’une société de progrès et d’ouverture, qui sans renier ses racines et ses vrais valeurs humanistes, fait de la cohésion sociale son primat fondateur et du développement durable l’outil principal de promotion et d’épanouissement de l’homme et de la femme dans un Maghreb où il sera toujours agréable de vivre pour tous.  
    En terme plus concrets nous devons imaginer un Maghreb « objectif »  qui à l’horizon 2030 aura éradiquer la pauvreté, l’analphabétisme et l’extrémisme par un authentique développement régional intégré. Un Maghreb qui en matière de critères de développement humain aura rejoint ses partenaires du Nord les plus proches, Un Maghreb dont le moteur sera une population jeune innovante et créatrice de richesse, bien dans sa peau, valorisée par une nouvelle culture de l’entreprenariat responsable, une culture de la tolérance et de la démocratie citoyenne et une culture du dialogue permanent avec les autres peuples. Une société Maghrébine consolidée et durablement stabilisée par une grande classe moyenne bénéficiant d’un bien être raisonnable, bien motivée pour les activités diversifiés auxquelles elle s’adonne, participant avec efficience à l’action collective politique, sociale et culturelle : en un mot des Maghrébins en 2030 fiers de leur appartenance à la région à la construction de laquelle ils auront grandement contribué et fiers également de la réussite mutuellement profitable des partenariats multisectoriels qu’il auront développés avec l’Union Européenne.
   Dans une telle perspective les cinq libertés de circulations recherchées (personnes, biens, services, capitaux et liberté d’expression) ne peuvent être que de simples moyens, parmi d’autres. Ils ne peuvent apporter les résultats escomptés, pour la réalisation d’une vision commune d’un destin partagé, que par la qualité des politiques communes à mettre en œuvre dans les divers domaines, par la fiabilité des règles du jeux scrupuleusement respectées et par le règlement serein des litiges que génère fatalement le dynamisme de l’activité humaine.
    Le Maghreb Uni qu’on souhaite voir émerger en 2030 en synergie avec une Union Européenne, qui aura tiré véritablement toutes les leçons des résultats mitigés du Processus de Barcelone, peut apporter la preuve que « le choc des civilisations » n’aura pas lieu et peut offrir au monde un nouveau modèle de coopération régionale et intra- régionale renforcée qui pallie aux défaillances actuelles de la gestion inefficiente des processus de la mondialisation.
    Il me semble approprié de réfléchir à notre futur régional commun tout en ayant pleinement conscience de l’ampleur et de la complexité des défis et des enjeux du monde que nous vivons.La Régionalisation n’est pas antinomique de la globalisation et de la mondialisation, Elle n’efface pas totalement les interdépendances devenues structurelles entre tous les pays de notre planète. Une régionalisation réussie permet, seulement, de mieux s’insérer dans la dynamique de la mondialisation pour tirer profit des opportunités et tenter d’éviter, autant que ce peut, ses dérives.
  2030, avec l’accélération de l’histoire c’est demain !
  Mais, c’est en même temps 22 prochaines longues années de labeur intense pour tous, si nous voulons bâtir pour nos peuples un avenir meilleur et si nous voulons placer les cinq pays de l’UMA dans l’orbite de la convergence avec nos partenaires du nord de la Méditerranée. L’essentiel de l’effort nécessaire pour construire notre avenir ne peut venir, en premier lieu, que d’une mobilisation nationale forte autour des réformes nationales multisectorielles incontournables. Réformes qu’il faudra, selon l’état des lieux de chaque pays, soit poursuivre et parachever, soit entreprendre en accélérant leur mise en œuvre pour faire en sorte qu’une convergence maghrébine, notamment législative et réglementaire, puisse émerger rapidement dans divers domaines notamment pour l’environnement des entreprises, les formalités administratives, les facilitations pour les investissements intra maghrébins et le développement d’un marché financier maghrébin. Les avancés et l’expérience acquise, déjà, dans certains domaines par deux pays de la région sera mise à la disposition des autres pays qui le souhaitent pour accélérer une dynamique de l’harmonisation mutuellement avantageuse. Une concertation permanente sur les réformes futures sera éminemment précieuse et renforcera la confiance fondement de tout travail commun. Les effets bénéfiques de l’intégration maghrébine ne feront qu’appuyer et potentialiser les résultats de l’effort national qui demeurera toujours déterminant.
   Avant de vous présenter mes modestes réflexions sur la manière dont, il convient de construire, ensemble, notre avenir, il me semble indispensable, de la part d’un homme de ma génération, de saluer les efforts méritoires de tous ceux qui sont aujourd’hui, dans nos pays respectifs, aux divers postes de commandes.
     Il me tient à cœur d’exprimer plus particulièrement, aux éminents successeurs dans les diverses responsabilités qu’ils assument, mes encouragements et ma fierté pour les efforts qu’ils déploient dans un monde devenu plus complexe.
Prendre en compte les défis mondiaux pour mieux faire face aux défis régionaux.
    Cette première séance de notre Forum est plus particulièrement consacrée à approfondir une réflexion commune sur les réponses, qu’il conviendrait d’apporter ensemble, aux grands défis et aux grandes menaces auxquelles sont confrontés au même degré ou à des degrés divers nos pays et nos régions.
   Chacun, bien entendu, a une perception quelque peu différente de la hiérarchie des défis qui nous attendent. Pour ma part, il me semble que nous ne pouvons pas parler des défis propres à nos pays ou à notre région sans nous remettre en mémoire, au préalable, les principaux défis qui sont devenues mondiaux et d’une brûlante actualité :
    Je citerai en premier lieu, en risquant d’étonner, les désordres du marché financier international qui ont pris une ampleur sans précédent, notamment, avec les dernières dérives des prêts hypothécaires à haut risques des établissements financiers américains qui ont été transformés en produits dits « dérivés » et « titritisés » sous forme d’obligations contaminant à des degrés divers le réseau bancaire mondial qui les avait achetés. Bien avant le début du nouveau millénaire, j’avais appelé avec beaucoup d’autres, économistes, hommes politiques et experts lors de la crise financière asiatique de 1997 suivi par la crise russe, à une régulation adéquate du marché financier international en dérive, marché qui commençait à échapper à tout contrôle des banques centrales y compris à celui de la FED et du FMI.  J’avais préconisé depuis 1999, avec beaucoup d’autres, une supervision adéquate de la multiplication des produits dérivés, qui serait confiée notamment aux principales banques centrales du Monde, à la BRI et à un FMI radicalement réformé. Cela aurait pu se faire, cela aurait sûrement empêché la grave crise des « sub-prime » et ses conséquences sur les catégories défavorisées du peuple américain et sur le ralentissement de la croissance économique mondiale. Heureusement que les pays maghrébins n’ont pas opté pour une libéralisation totale des mouvements de capitaux comme le préconisaient certaines instances internationales.
     Je recommande à nos pays Maghrébins de ne faire ce dernier saut  pour l’ouverture totale sur le marché financier mondial que lorsque on,  y mettra un minimum d’ordre et lorsque nos économies seront plus solides et plus diversifiées. Par contre, j’estime très utile une libéralisation précoce des mouvements de capitaux entre les pays maghrébins qui sera sans risques majeurs et qui aura un effet vertueux pour une intégration socio-économique maghrébine bien conduite. Cela contribuera à une amélioration du financement des investissements si nous prenons la peine de fixer les règles d’un marché financier maghrébin au service du développement, qui sans entraver l’innovation financière, protègent les investisseurs et nos citoyens des dérives internationales que nous connaissons. A ce titre je pense que l’Europe gagnerait beaucoup à aider le monde dans l’élaboration d’un modèle de régulation fiable des marchés financiers en prenant plus d’initiative dans ce domaine. Même, si le Directeur du FMI déclare tout dernièrement, pour faire revenir la confiance, que le pire de la crise des « subprimes » est dernière nous, après avoir cité des chiffres alarmistes il y a à peine un mois, les problématiques de la régulation sont toujours là. Des auteurs, pour moi crédibles, comme Joseph E. Stiglitz ( prix Nobel d’économie) au USA  et bien d’autres, sortant de la voie de la pensée unique dominante ont ouvert dans les ouvrages publiés entre 2003 et 2007 de nouvelles pistes, qui méritent l’attention des décideurs, notamment en matière de régulation de la Mondialisation qui peut devenir réellement bénéfique pour tous les pays.
    Je rappelle en deuxième lieu les problèmes de changements climatiques générés par les grandes pollutions et leurs conséquences qui ne peuvent être atténués que par des actions globales, mondiales et urgentes acceptées et mises en œuvre en premier lieu par les gros pollueurs. Si l’Europe s’est fixé un programme volontariste en la matière, les Etats-Unis et la Chine tardent encore à s’engager résolument sur les mesures pourtant minimalistes du programme de Kyoto.
  Les dernières études en matière de changement climatique confirment pour notre région et pour l’Afrique en général à l’horizon 2020-2030 un scénario bien sombre : pénurie d’eau, sécheresse accrue, famine, réapparition de certains fléaux, vagues d’exodes et j’en passe…Les estimations provisoires des coûts des mesures préventives pour notre région sont très élevés…
   Au cours d’un atelier de travail international organisée  tout récemment par la Banque mondiale « sur les dimensions sociales du changement climatique » les discussions ont confirmé  la nécessité vitale d’impliquer tous les niveaux de gouvernance (mondial, régional, national et local) dans les stratégies devant faire face aux effets du changement climatique.
   Je cite, parmi les défis mondiaux, en troisième lieu le problème de la flambée des prix des produits alimentaires de bases et les politiques agricoles inadéquates à l’échelle mondiale qui ont conduit, avec d’autres facteurs certes, à la situation que vit aujourd’hui notre monde sans réaction notable et significative, jusqu’ici, de ce qu’on appelle la Communauté Internationale. Pourtant les propositions ne manquent pas.
   -Le Président de la Banque Mondiale,Robert Zoellick a  proposé, comme vous le savez, sans résultat, une mobilisation urgente de fonds qui viendrait d’une contribution de 1% des montants accumulés par les « Fonds Souverains » pour mettre à la disposition du développement de l’Afrique notamment quelques 30 milliards de $.                                                                   
     -La Tunisie a proposé au cours du mois d’avril dernier, d’envisager une contribution de 1 $ par baril de pétrole à verser au Fond Mondial de Solidarité des Nations Unies pour notamment faire face aux situations de grandes urgences. Il a reçu un appui total du Secrétaire Général des Nations Unies, du Groupe de 77 et d’autres instances.
  Mais les Pays les plus cruellement touchés par cette flambée sans précédent attendent toujours.La Banque Mondiale annonce qu’elle compte doubler les Prêts qu’elle réserve au développement agricole, le président de la BAD annonce la mobilisation d’un milliard de dollars supplémentaire, mais on oublie de mentionner que les ratios d’endettement des pays sont par ailleurs verrouillés et que ces pays doivent veiller à leurs équilibres macro-économiques.
    Je cite en quatrième lieu, parmi les défis mondiaux qui handicapent plus particulièrement les pays du Sud méditerranéens, les infractions flagrantes au règles du droit international qui régissent les relations internationales, infractions qui expliquent, avec l’aggravation des inégalités et de la pauvreté, la flambée du terrorisme alimenté par les sentiments de frustration et par la pérennisation de la fameuse règle honteuse « des deux poids et deux mesures » aussi bien dans le domaine politique, qu’économique et financier.
   Je me limite à ces quatre grands défis mondiaux, qui me semblent déjà édifiants pour démonter, qu’on ne peut pas faire l’impasse, à l’occasion d’une réflexion prospective régionale au XXIe siècle, sur « l’urgence de l’émergence d’une bonne gouvernance mondiale légitime et démocratique » combien nécessaire pour gérer les domaines nombreux que l’État-Nation issu du XXe siècle est aujourd’hui incapable de gérer seul.
      Les scénarios particuliers qu’on peut envisager pour le futur de nos pays et pour notre région Maghrébine ou Euro méditerranéenne ne peuvent pas être élaborés sans nous référer à des scénarios relatifs à l’évolution du mode de gouvernance à l’échelle mondiale. A ce titre, la plupart des études de prospectives mondiales envisagent trois grands scénarios pour la gouvernance mondiale à l’horizon 2030 :
   « le scénario  du statut quo », « le scénario d’une réforme « molle » des instances internationales » sans effets décisifs pour relever les défis mondiaux et enfin « le scénario d’une réforme radicale du système des Nations Unies et du système de Bretton Woods »  avec la création d’un « Conseil mondial de Sécurité économique, financière et sociale » pour une coordination générale plus efficiente à la place d’un G8 sans légitimité et sans efficacité.
     L’intérêt premier de tout travail prospectif, comme nous le savons tous, est d’aboutir à la formulation de politiques et de stratégies, sans regrets que cela soit à l’échelle d’une nation ou d’une région. ( Sans regret , cela veut tout simplement dire que ces politiques doivent s’avérer utiles et optimales quelques soit par ailleurs les scénarios qui se réalisent effectivement dans le futur)
    Comme il y a très peu de chance, selon de très nombreux analystes, que des changements significatifs puissent intervenir au niveau de l’amélioration de la gouvernance mondiale, je propose que notre réflexion prospective à l’horizon 2030 pour notre région table sur le scénario du statut quo de la gouvernance mondiale. En matière de prospective les spécialistes disent : « il faut penser au pire pour s’employer à s’en prémunir ».
    Ainsi, et dans le cadre d’une gouvernance mondiale inefficiente qui continuera à régir les relations internationales quels sont les principales menaces et les grands défis spécifiques pour lesquels notre région doit se préparer ? Je vais me limiter à un survol de quelques uns seulement pour essayer ne pas trop accaparer le temps de parole :
        
Un grand Programme de développement Agricole et rural durable pour le Maghreb.
Je mettrai en premier lieu, de nos défis, la sécurité alimentaire conçue comme la capacité de nos pays et de notre région à rendre disponible à nos populations des biens alimentaires répondant aux normes sanitaires et à des prix compatibles avec le pouvoir d’achat des différentes catégories : Cela pose tout de suite les problématiques d’un grand chantier du développement agricole et rural durable et économe en eau pour toute la région Euro- Méditerranéenne pour les deux prochaines décennies. L’Union Européenne peut elle s’exonérer d’une implication plus grande et plus significative pour mettre en œuvre avec les pays du Sud de la Méditerranée un grand programme de Développement de la productivité agricole, agro-alimentaire et de maîtrise des techniques d’irrigation économe en eau pour les pays de son Sud avec ses volets Formation, Recherche et développement axé essentiellement sur la sélection des semences et plants adaptés aux zones arides ainsi que la lutte contre la désertification. Quels moyens financiers supplémentaires, l’UE est-elle disposée à mettre sur la table pour gagner ensemble le pari de la sécurité alimentaire d’ici l’horizon 2030 avec un Maghreb de plus 100 millions d’habitants ?
    Pour relever les défis du changement climatique et celui de la sécurité alimentaire les cinq pays du Maghreb devraient, à mon sens, décréter d’urgence la faisabilité du Maghreb agricole et rural durable avec toute ses composantes : marché commun agricole maghrébin, mise en synergie totale des moyens de formation et de recherche, développement agricole concerté et coordonné, ouverture totale aux investissements réciproques dans les sociétés de développement agricoles et de développement rural intégré. La création d’un Fond maghrébin pour le développement agricole, agro-alimentaire, de développement régional intégré et  pour l’appui à la recherche devrait être mise à l’étude. Un tel Fond pourrait être alimenté par une contribution annuelle de chaque pays membre de l’UMA de l’ordre de 0,25 du PIB de chaque pays. ( sur la base  d’un PIB maghrébin estimé à quelques 303 milliards de dollar en 2007 cela donnera une dotation annuelle de l’ordre de 750 millions de  dollars) Avec un plan d’action précis, une stratégie de mise en œuvre efficace et un suivi rigoureux on incitera certainement des pays donateurs conscients des enjeux à abonder l’effort financier maghrébin et à le multiplier par deux. La révolution verte du Maghreb peut devenir,alors, une réalité en marche.  L’économie de la connaissance (y compris les TIC bien entendu) aura toute sa place pour valoriser l’agriculture du Maghreb de demain.
    Le développement agricole durable, ainsi que la promotion de l’emploi des jeunes dans tous les autres secteurs devraient devenir la grande priorité d’un Maghreb qui peut raisonnablement se construire à un rythme plus soutenu au service des peuples. ( c’est l’avancement de cette construction qui amènera, à mon sens, dans son sillage la solution du problème du Sahara occidental).  La flambée des prix des produits alimentaires peut et doit jouer le rôle de déclencheur d’une nouvelle dynamique de notre région avec des formules novatrices adaptées à une multitudes de problèmes communs qui freinent actuellement le développement agricole Maghrébin et menacent sa durabilité.
                          
                   Le Maghreb de l’Energie est déjà en marche.
   Je place en second lieu le défi de la sécurité énergétique : Le Maghreb de l’énergie est aujourd’hui une réalité qui ne cesse d’avancer. En matière de garantie d’approvisionnement pour l’horizon 2030 et dans le cadre des intérêts mutuels bien compris, les deux pays maghrébins exportateurs devraient pouvoir, par le biais de contrats de livraisons à moyen et long terme, assurer l’approvisionnement des trois autres pays de manière telle que l’ensemble du Maghreb soit sécurisé sur le long terme.. Le secteur par ailleurs offre de très larges possibilités de partenariat maghrébin et euro méditerranéen tant dans le domaine de la prospection pétrolière et gazière, que dans le raffinage et la distribution. La coopération déjà existante dans le domaine de l’interconnexion des réseaux électriques devrait pour être optimisée s’étendre à une forte concertation sur les programmes lourd du moyen et long terme relatif à la production d’électricité, soit pour les turbines à gaz ou pour les turbines mixte gaz- solaire ou pour le nucléaire civil ou on peut imaginer des projets communs.
  Le solaire et l’éolien devraient offrir des opportunités considérables pour les pays du Maghreb pour un travail en commun depuis la recherche-développement jusqu’à la production des équipements pour les besoins locaux et l’exportation notamment en Afrique.

Construire le Maghreb par la diffusion de la maîtrise de la connaissance et du savoir faire.
    La transition démographique dans notre région est à la fois un défi et un atout : durant les deux prochaines décennies dans les cinq pays de l’UMA la population dans la tranche 16-60 ans continuera à augmenter ( sauf pour la Tunisie ou probablement une décélération commencera vers 2016). Ce sera un atout si nous arrivons à créer une adéquation qualitative et quantitative entre les créations d’emploi et notamment les sorties de notre système éducatif et de formation. Ce sera un atout si graduellement on réussi à faire baisser le chômage, notamment celui des jeunes en augmentant les créations annuelles d’emplois d’au moins 30% par an pour arriver vers 2030 à un taux moyen de chômage se rapprochant de la moyenne européenne. C’est, l’un de nos grands paris, et il est impératif de le gagner. Cela sera difficile mais non impossible. Cela passe, entre autres, par une mise à niveau rapide et de grande envergure de notre système éducatif et de formation. Certes nos Pays ont engagé, à des rythmes divers, de grandes réformes, dont la mise en œuvre se poursuit. Il appartient bien entendu à chaque pays de définir son propre parcours de réformes. Certes nous disposons, les uns et les autres, d’un noyau d’excellents universitaires et enseignants ! Mais dans ce que je propose, il s’agit d’une mise à niveau de ce qui peut être réalisé en commun et qui vise, essentiellement, l’élargissement du champ de l’excellence. A ce titre, il s’agit de s’employer à bien choisir et à faire évoluer sans complexe notamment dans les sciences exactes, les sciences appliquées, la technologie, l’ingénierie, le management des entreprises et la gestion administrative ce que l’Europe, l’Amérique ou même l’Asie a de meilleur. Cela veut dire que nous devons choisir nos partenariats dans les Universités, les Instituts, les Grandes écoles et les Centres de formation Professionnelles et Technologiques parmi les Etablissements étrangers les mieux classés, ou les mieux cotés de par le monde avec l’ambition de voir avant 2030 au moins 25% de nos propres institutions figurant dans le classement mondial de ce qui est devenu une sorte de marché mondial de la Formation.
  Ceux qui m’écoutent, peuvent à juste titre, dire et penser que c’est presque impossible à un moment ou souvent le système éducatif maghrébin souffre d’une insuffisance de moyens, pour sa gestion courante et notamment pour un recyclage adéquat de nos formateurs dont les deux tiers au moins, seront encore en activité pour les deux prochaines décennies. Ce que je propose est certes très difficile, il est vrai, surtout qu’il s’agit d’obtenir des résultats tangibles dés le moyen terme. Mais nous n’avons pas de meilleur choix, et nous devons faire les sacrifices qu’il faut pour rendre possible ce qui de prime abord paraît impossible. Sans cela, il n’y aura pas de convergence significative et durable avec nos partenaires du Nord, il n’ y aura pas de création d’entreprises performantes en nombre suffisant pour de véritables remontées de filières dans notre système productif, pour notamment généraliser le passage de la simple sous-traitance à la véritable co-traitance. Il n’y aura pas d’augmentation substantielle de la valeur ajoutée et de la qualité de nos produits et de nos services. Sans cette mise à niveau accélérée de nos ressources humaines vers l’excellence, on ne pourra pas développer à temps, nos jeunes pôles de compétitivité, pour en faire des centres pour l’innovation, la créativité, la multiplication et l’agglomération des grappes d’entreprises compétitives. Ceux, d’entre nous, qui s’emploient à faire revenir au Pays leurs meilleurs jeunes hauts cadres expatriés font indiscutablement le bon choix.
    Pour gagner la bataille de la compétitivité avec nos partenaires européens c’est la qualité, les compétences et le savoir faire de nos Ressources humaines qui seront notre principal avantage comparatif, notre principal atout durable s’ajoutant à notre proximité géographique de l’Europe à un moment où le coût de l’énergie va inéluctablement renchérir de nouveau le coût du transport des produits en provenance des zones lointaines. A ce titre, un chercheur comme Antony Venables ( de l’université d’Oxford) souligne, avec d’autres, que les coûts de la distance continueront à peser de nouveau sur le commerce international notamment pour les produits périssables mais aussi pour ceux commercialisés via les grandes chaînes d’approvisionnement  ( global supply chains.)
  Il me semble que c’est à travers un grand et ambitieux projet de valorisation de nos ressources humaines que nous devons tester, la volonté de nos partenaires européens d’allez de l’avant avec nous. Nous leur disons donc un grand bravo pour une Union pour la Méditerranée axée sur la réalisation de «  projets concrets et structurants » qui peut être un Barcelone Plus. Mais, parallèlement, aux autoroutes maritimes et autres projets physiques, le projet prioritaire le plus structurant, que nous devons réaliser au cours des cinq prochaines années devrait être, de mon point de vue, un grand projet de mise à niveau vers l’excellence de nos Universités, de nos Instituts, de nos Grandes Ecoles, de Nos Centres de recherches et de nos pôles de compétitivité,de nos pépinières de création d’entreprise, ainsi que de nos Centres de formations professionnelles. Cofinançons un tel projet en y incluant une grande université Virtuelle Euro-Maghrébine diplômante pour la formation à distance dans des disciplines à définir et qui aura une triple  mission :
 Premièrement : assurer à distance la formation permanente et le recyclage de nos formateurs.
Deuxièmement : assurer une formation diplômante à distance pour nos étudiants qui le souhaitent dans toutes les disciplines.
Troisièmement : appuyer et améliorer la qualité de la formation des Etudiants inscrits en présentiel dans nos Etablissements et qui souhaitent se faire assister également par une formation à distance.
  Les Cours pourraient être conçus en trois langues : le Français, l’Arabe et l’Anglais.
    Avec un tel projet l’Union pour la Méditerranée donnera un signal très fort à la Jeunesse du Maghreb et des autres Pays du Sud de la Méditerranée et ce faisant donnera une crédibilité accrue à l’ensemble des projets qui seront engagés.L’Union pour la Méditerranée pourra affirmer qu’elle est née sous le signe de la diffusion de la connaissance et du savoir au service de la paix et de la prospérité pour tous.
    Si l’Union Européenne ne saisit pas cette chance pour réaliser, avec nous, ce grand projet historique; nous ne devrions pas baisser les bras. Il me semble, qu’il sera impératif pour l’avenir de nos pays de nous employer à entreprendre ce projet commun par le biais d’un Fond Commun Maghrébin ad hoc à créer : On l’appellera par exemple « le Fond Maghrébin Ibn-Khaldoun pour la maîtrise du Savoir ». Cela me paraît hautement prioritaire et pourrait à juste titre nous conduire à dire que nous construisons notre Maghreb par la maîtrise du savoir ce que n’a cessé de recommander Ibn-Khadoun. La maîtrise du savoir et du savoir faire, qui a déjà fait des grands pas dans notre région, ne doit pas être un simple slogan mais  elle doit devenir, pour le grand nombre, une réalité palpable et évaluable avec des indicateurs reconnues internationalement. Dans l’alternative d’un Maghreb qui compte avant tout sur ses propres potentialités les modestes noyaux d’universités virtuelles que nos pays ont commencé à réaliser seraient à mettre en pool ou à fusionner et le parachèvement de travaux en cours sera accéléré par une mise en commun des moyens et par des aides bilatérales des pays amis qui choisiront de participer à cette belle aventure avec nous.
   L’université virtuelle Maghrébine, bien conçue permettra de faire d’une « pierre deux coups » comme cela ce dit dans le langage courant : on homogénéise et on améliore la qualité de l’enseignement et de la formation et on rentabilise, en même temps, au niveau des établissements des familles et de la collectivité nationale l’acquisition des équipements informatiques et le coût des infrastructures ADSL et autres.
  Sans des actions vigoureuses de ce type les dépenses pour la promotion des TIC ne seront pas mises au service du développement de nos pays.
    
             Trois scénarios pour le Maghreb à l’horizon 2030.
      Je ne veux pas accaparer la parole outre mesure, je pense que d’autres personnalités éminentes ont des propositions plus pertinentes pour relever nos défis communs et sécuriser notre futur et je suis impatient de les entendre. Je veux terminer cette intervention par une dernière suggestion :     Ce n’est pas en deux jours qu’ont peu élaborer une étude prospective pour le devenir du Maghreb à l’horizon 2030. Cela ne diminue en rien le grand mérite de ce Forum qu’on peut qualifier sans complaisance comme étant le Forum fondateur du travail prospectif collectif maghrébin. Cela veut dire que nous devons trouver un moyen pour que ce travail se fasse de manière continue et approfondie : dans une première étape je préconise, qu’en coopération avec le Secrétariat Général de l’UMA, le Haut Commissariat au Plan du Royaume du Maroc, s’il le souhaite, constitue une petite équipe multidisciplinaire d’experts maghrébins pour préparer une première étude prospective sur « le Maghreb 2030 ». Cette équipe explorera au moins trois scénarios probables et leurs conséquences dans les différents domaines en prenant en compte une définition rigoureuse et une hiérarchisation adéquate des différentes variables.
  Ces trois scénarios pourraient concerner :
 -Le scénario d’un « Maghreb non intégré » qui continu la tendance du passé.
    -Le scénario d’un « Maghreb de la coopération bilatérale généralisée et renforcée notamment par l’optimisation en phase de croisière de la Zone de l’accord d’Agadir»
    -et enfin le scénario d’un « Maghreb fortement intégré » sur le plan économique, social et culturel avec un véritable marché commun et une monnaie commune.
    Ce travail sera destiné essentiellement à compléter les études déjà entreprises sur les coûts du non Maghreb dans lesquelles les perspectives du long terme n’ont pas été prises suffisamment en compte ni à fortiori les défis communs aux pays du Maghreb qu’ils soient d’ordre sécuritaires, politiques, sociétal, culturel, ou socio-économiques.
   Je vous remercie de votre attention et je m’excuse si j’ai abusé de votre temps.
 

                                                          23-05-08
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